Relations France - Colombie : Déclaration à la presse de Monsieur Jean-Yves Le Drian (Bogota, 27 juillet 2018)

"Nos deux pays ont noué une relation d’amitié et de confiance particulièrement forte au cours de ces dernières années. Nous aurons à cœur de les maintenir et même d’approfondir cette relation avec les nouveaux dirigeants colombiens"

Déclaration à la presse de Monsieur Jean-Yves Le Drian, Ministre des Affaires Étrangères de la République française (Bogota, 27 juillet 2018)

"Mesdames et Messieurs,

Je voudrais tout d’abord remercier Mme Maria Angela Holguin, pour la qualité de l’échange que nous venons d’avoir et surtout pour l’excellence du travail que nous avons mené en commun au cours de ces derniers mois. Au moment où elle quitte ses fonctions, je voulais lui dire mon émotion d’être son dernier visiteur, ainsi que mon admiration pour tout ce qu’elle a fait pour son pays au cours des huit années passées. Vous avez su donner de la Colombie au niveau international une image renouvelée, une image très forte, lui procurant un prestige international désormais incontestable.

Si je tenais à ce que mon premier déplacement comme ministre des Affaires Étrangères en Amérique du Sud se tienne en Colombie - j’ai été avant ministre de la Défense - c’est parce que nos deux pays ont noué une relation d’amitié et de confiance particulièrement forte au cours de ces dernières années. Nous aurons à cœur de les maintenir et même d’approfondir cette relation avec les nouveaux dirigeants colombiens, à commencer par le Président élu Ivan Duque, que j’ai eu le plaisir de rencontrer hier.

Ces nouveaux dirigeants colombiens auront à relever beaucoup de défis. Ma visite à Bogota intervient, en effet, à un moment charnière de l’histoire colombienne. Si les efforts et l’action du Président Santos reconnus par la communauté internationale ont permis de conclure un accord avec les FARC, il reste désormais à bâtir une Colombie pacifiée et réconciliée. C’est une tâche délicate, nous ne l’ignorons pas. Aussi, je suis venu dire à nos amis colombiens combien ils pourront continuer à compter sur le soutien de la France. D’abord au travers de l’Agence française de développement, c’est près de 350 millions de prêts – nous venons d’en signer il y a un instant certains – que nous aurons accordés à la Colombie, en 2017-2018, pour l’aider à tourner la page après plus d’un demi-siècle de conflit. Ce sont également des dons, à hauteur de 306.000€, pour appuyer à la fois la réincorporation des ex-combattants, la mise en route de la juridiction spéciale pour la paix ou encore les activités de déminage, que vous avez rappelées.

Le Président élu Iván Duque m’a assuré de son attachement à une paix durable pour la Colombie. L’entretien que nous avons eu hier a révélé notre convergence de vues sur des points fondamentaux pour l’avenir du processus, tels que le rôle que les victimes doivent y jouer, le développement rural, la lutte contre le narcotrafic ou la nécessité de développer les infrastructures, notamment dans les zones les plus affectées par le conflit. Nous continuerons donc à travailler avec nos partenaires colombiens pour consolider les acquis de la paix, dans le respect des choix souverains qui ont été faits par la population colombienne.

S’agissant de nos relations bilatérales, je crois qu’elles sont portées par une envie partagée d’avancer ensemble. C’est ce dont témoignent, par exemple, la présence en France de nombreux étudiants colombiens, ainsi que la croissance exponentielle du nombre de touristes français en Colombie en 2017. Sans doute l’année France-Colombie a fait beaucoup, vous l’avez rappelé, pour mettre à jour l’image que nos peuples se font l’un de l’autre, et je voudrais profiter de cette occasion pour remercier tous ceux qui ont contribué à ce succès, que ce soit en Colombie ou en France.

Cet élan doit aussi servir à approfondir nos relations économiques. Leur potentiel de développement demeure important. J’ai rencontré ce matin les représentants des principales entreprises françaises présentes en Colombie – elles sont nombreuses, plus de 200 entreprises françaises sont présentes et la France est le premier employeur dans ce pays avec 125 000 salariés – et cela est le signe de d’une relation très forte. Nous sommes désireux d’accroître les engagements de nos entreprises auprès de leurs partenaires colombiens. Réciproquement, la France est désireuse d’accueillir davantage d’entrepreneurs colombiens sur son territoire. L’accession récente de la Colombie à l’OCDE, que la France a soutenue – vous l’avez rappelé –, devrait nous y aider.

En matière d’enseignement du français, en matière d’industries culturelles et créatives, de défense ou d’innovation, la France souhaite renforcer ses liens avec la Colombie, comme j’ai eu l’occasion de le dire à plusieurs reprises à mes interlocuteurs.

Au niveau régional, avec vous Madame la Ministre et avec mes interlocuteurs, nous avons évoqué la situation dramatique dans laquelle se trouve actuellement le Venezuela. Cette situation donne lieu à la pire crise migratoire qu’ait connu le continent latino-américain dans son histoire. Les pays de la région, la Colombie en premier lieu, ont déployé des efforts considérables pour accueillir des centaines de milliers de Vénézuéliens. La France voulait saluer cet effort de solidarité et elle tient aussi à y participer. C’est pourquoi je suis heureux d’annoncer que nous contribuerons, à hauteur de 500 000 dollars, aux projets du Haut Commissariat aux Réfugiés à destination des Vénézuéliens qui ont trouvé refuge en Colombie.

Nous restons convaincus par ailleurs que la solution à la crise vénézuélienne ne peut être que pacifique et politique, et il revient au gouvernement vénézuélien de faire des signes et de poser les actes nécessaires : la répression qui vise les opposants doit cesser et tous les prisonniers politiques doivent être libérés.

L’Union européenne a sanctionné la dérive autoritaire du Président Maduro et de son gouvernement. Pour ne pas aggraver le sort de la population, déjà durement éprouvée par la crise, les sanctions adoptées par l’Union européenne sont des sanctions individuelles. Je voulais dire ici que la France continuera de suivre cette crise avec vigilance, et continuera à exercer sa responsabilité comme elle l’a fait jusqu’à présent.

Nous avons aussi abordé avec nos interlocuteurs, avec vous-même Madame la Ministre, il y a un instant, la situation du Nicaragua. Dépêchée sur place, une mission de la Commission interaméricaine des droits de l’Homme en a dressé un tableau très préoccupant. La responsabilité du gouvernement nicaraguayen est mise en cause, notamment pour avoir fait un usage excessif de la force. Le gouvernement nicaraguayen a le devoir d’assurer la sécurité de la population et le respect des droits fondamentaux. Seule une reprise du processus de dialogue national permettra de créer les conditions d’une sortie de crise pacifique et négociée.

Sur le plan multilatéral, enfin, je souhaite que nos pays poursuivent leur combat commun et déterminé contre le changement climatique et pour la protection de la biodiversité. C’est un souhait partagé par vous-même Madame la Ministre et par mon futur homologue. Nous venons de signer, avec le Ministre des Finances, un prêt de 200 millions d’euros de l’Agence française de développement pour accompagner la Colombie dans sa stratégie de développement durable. La Colombie, qui fut un précieux soutien lors de la COP 21 et qui vient de déposer son instrument de ratification de l’Accord de Paris, et dont je souhaite qu’elle reste pour la France un allié sur ces dossiers qui engagent notre avenir collectif et l’avenir de la planète.

Puisque c’est votre dernier moment d’accueil, Madame la Ministre, je voulais à la fois vous remercier, et vous souhaiter bonne chance pour votre nouvelle vie."

Dernière modification : 01/08/2018

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