OEA/Observateurs : la France souhaite un dialogue plus soutenu

A l’occasion de la 42e Assemblée générale de l’OEA, à Cochabamba, en Bolivie, le 3 juin, l’Observateur permanent de la France auprès de l’OEA, l’Ambassadeur Pierre Henri Guignard s’est adressé aux Etats membres et a appelé de ses vœux un dialogue plus soutenu, désormais avec le Conseil permanent. Texte de l’intervention :

« Avant tout, permettez-moi de remercier les autorités et la population boliviennes pour leur accueil. Nous mesurons tout le travail qui a été effectué pour recevoir autant de délégations et nous sommes reconnaissants de l’espace qui a été réservé aux Observateurs en préservant ce dialogue traditionnel.

Monsieur le Président,

Les Amériques ne sont pas une île. Aucune réflexion n’est envisageable sans partage avec le reste du monde.

1. Dans ce monde ouvert, interconnecté, l’OEA s’impose, comme le Conseil de l’Europe sur notre continent, comme l’un des gardiens des valeurs universelles au bénéfice des citoyens. Ces valeurs, ratifiées par les Etats, sont intangibles. Elles ne sont pas déclinables et elles ne se consomment pas à la carte. La démocratie représentative et les droits de l’Homme sont les piliers d’un monde citoyen juste et équitable.

- C’est pourquoi la France participe depuis cette année au Fonds d’Observation électorale de l’OEA (qui est, avec l’Union européenne et la Francophonie, l’un des centres d’expertise dans ce domaine) ;

- C’est pourquoi aussi mon pays a suivi activement le groupe de travail sur le renforcement du système interaméricain des droits de l’Homme et a travaillé plus que quiconque à la mise en place des passerelles entre les systèmes interaméricain et européen des droits de l’Homme, qui sont deux branches d’un même arbre et représentent le socle du droit supranational des victimes, l’une des innovations juridiques de notre temps, sans retour en arrière. La visite que le Président de la Cour interaméricaine, le juge Diego GARCIA SAYAN, a effectuée à Paris et à Strasbourg, et celle que le président de la Cour européenne, Sir Nicolas BRATZA, a réalisée à Washington, où il a pu s’exprimer devant le Conseil permanent, en sont les meilleures illustrations.

2. Ce monde intégré fait face à des défis que nous devons relever ensemble. Je n’en citerai que quelques uns :

-  Le défi de la sécurité alimentaire est une préoccupation de toujours du gouvernement français. Il fait l’objet de vos réflexions ici à Cochabamba. Comment ne pas voir que dans ce domaine le monde reste loin du premier objectif du millénaire pour le développement ? L’insécurité alimentaire n’est pas seulement un problème agricole, c’est aussi une question d’accès à la nourriture et de lutte contre la pauvreté. La sécurité alimentaire est un enjeu global qui ne peut pas être garanti sans une coopération étroite de toutes les parties prenantes ;

-  Le défi de la sécurité multidimensionnelle a été l’une des préoccupations du G8 en 2011, puis s’est trouvé au centre de l’Assemblée générale de San Salvador et a retenu l’attention des participants au Sommet des Amériques. Sur ce point aussi, mon pays est convaincu que les solutions à un défi global ne peuvent être que globales. Il plaide pour un dialogue transatlantique entre Européens, Américains et Africains dans lequel l’OEA doit jouer un rôle central ;

-  Le défi de la crise économique affecte directement nos pays et indirectement les vôtres. Il n’aura échappé à personne que le Président François Hollande a rappelé que la confiance était une condition de la croissance et que celle-ci était indispensable au rétablissement de la confiance. Or, il n’y a pas de croissance sans investissements. Nos économies étant interdépendantes, tout doit être fait pour que soit préservée la sécurité juridique de ces investissements : il n’y a pas de croissance sans confiance…

Parce que nous devons trouver des solutions ensemble, je renouvelle mon appel à un dialogue plus substantiel, plus dynamique entre vous, les Etats membres, et les 68 Etats accrédités comme Observateurs. Ces derniers représentent pour votre Organisation, le lien naturel avec les autres continents. Je l’ai déjà dit, ce dialogue –qui ne doit pas être une succession de monologues-, ne devrait pas être limité à l’Assemblée générale. Il devrait être régulier et se dérouler dans le cadre du Conseil permanent. Sous le contrôle de mon voisin, l’ambassadeur Christian LEFFLER, je crois pouvoir dire que l’ensemble des Etats de l’Union européenne en exprime le besoin. J’espère que les autres partenaires de l’OEA, selon des modalités qu’il leur appartiendra de définir avec vous, en reconnaitront aussi l’utilité. Mon pays est désireux, vous le voyez, de renforcer le dialogue politique avec la région, et donc avec l’OEA, mais aussi avec l’ensemble des organisations régionales qui sont l’expression de sa vitalité.

En conclusion, au nom des valeurs que nous partageons et dans l’espoir d’une interaction plus dynamique, la France s’est engagée au cours des deux dernières années, comme jamais, auprès de l’OEA. Notre contribution, comme l’a illustré l’accord que nous venons de signer, M. le Secrétaire général, concernant le financement de la MAPP, a été multipliée par 10. C’est bien la preuve que mon pays n’est pas seulement d’Amérique par son ancrage territorial, mais est aussi un partenaire stratégique pour chacun des Etats américains et, par conséquent, pour l’ensemble interaméricain. »

Source : Mission permanente de la France auprès de l’OEA (Washington, 4 juin 2012)

Dernière modification : 04/06/2012

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