La France est d’Amérique

Intervention de S. Exc. Pierre Henri Guignard, Ambassadeur, Observateur permanent de la France lors de la 40e Assemblée générale de Organisation des Etats Américains. Dialogue entre les Etats membres et les Etats observateurs. Lima (Pérou), dimanche 6 juin 2010

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire général,

Mesdames et messieurs les Ministres et Chefs de délégation,-

Mesdames et messieurs les délégués,

Ma délégation souhaite en tout premier lieu exprimer sa reconnaissance aux autorités péruviennes pour l’accueil empreint de chaleur qui nous est réservé dans cette ville de Lima que je retrouve avec bonheur, après y avoir passé les deux premières années de ma vie professionnelle.

La France suivra avec une attention particulière les travaux de cette 40e Assemblée générale. Elle a noté avec intérêt que, par la volonté du Pérou et avec l’accord de l’ensemble des pays de l’hémisphère, celle-ci sera consacrée au thème de « la paix, de la sécurité et de la coopération. »

Mesdames et messieurs, en travaillant à l’établissement d’un continent plus sûr, votre Assemblée agît conformément à l’alinéa a) de l’article 2 de la Charte de l’Organisation, qui prévoit que sa première responsabilité est de « garantir la paix et la sécurité du continent. » Nous sommes donc au coeur de la mission historique de l’OEA et mon pays, qui appartient géographiquement à ce continent, adhère pleinement à cet objectif fondamental.

En effet, Monsieur le Président, la France est d’Amérique. La Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et Saint-Pierre-et-Miquelon sont d’Amérique. Nos Départements, ancrés profondément dans l’hémisphère, sont le lien tangible et fécond entre ce Continent et la France, entre ce Continent et l’Europe. Si la Mission que j’ai l’honneur de diriger est « permanente, » si j’ai le plaisir de suivre jour après jour les travaux de cette Organisation, c’est d’une part en raison de ce lien de sang qui nous attache à l’Amérique, c’est d’autre part au titre des relations de profonde amitié et de coopération qui unissent mon pays à l’ensemble de ceux qui sont représentés au sein de l’Organisation : la France n’est pas une étrangère autour de cette table.

La richesse d’une histoire et d’une culture –et même, pour certains d’entre vous, d’une langue- partagées, sans relation de dépendance, la profondeur du lien transatlantique, la force des relations stratégiques tissées au cours d’un passé plus récent avec des partenaires émergents et la solidarité commandée par la violence de la nature sont les éléments constitutifs d’une relation étroite et durable. Cette relation, il convient de le rappeler en cette année des Bicentenaires, repose sur des valeurs communes, héritées en partie des Lumières et de la Révolution française.

Depuis le 12 janvier dernier, depuis le tremblement de terre qui a dramatiquement réinventé la géographie haïtienne, la France se trouve au premier rang des pays qui ont répondu à l’appel de détresse lancé par le peuple haïtien. Dès la première heure la France et les Français ont participé, avec la communauté internationale, aux secours d’urgence. Depuis, les autorités de mon pays ont annoncé 520 millions de dollars pour la reconstruction d’Haïti et le Président Nicolas SARKOZY a souligné en particulier notre intention de participer à la modernisation du cadastre, une tâche dont le gouvernement haïtien a demandé qu’elle soit aussi assumée par l’OEA.

Mais, Monsieur le Président, la France qui est solidaire avec Haïti aujourd’hui comme elle a été solidaire avec l’Amérique centrale après le passage de l’ouragan Mitch hier, n’intervient pas seulement dans l’urgence. La France est présente pour soutenir le développement des démocraties du continent. Et s’il ne faut qu’un chiffre, je rappellerai que l’aide publique française au développement de la région, directe et par le canal de l’Union européenne, a atteint en 2008, dernier chiffre officiel, près de 455 millions de dollars.

C’est au nom de cet engagement concret que mon pays s’associe pleinement aux travaux de votre Organisation :

- le secrétaire d’Etat français à la Justice participait à Brasilia à la 8e REMJA et la France travaille activement à son intégration au réseau de coopération judiciaire américain. Elle contribuera à la formation des juristes du continent en participant aux cours de droit à Rio de Janeiro ;

- la France suit avec un grand intérêt les travaux de la Commission interaméricaine des Droits de l’Homme et de son rapporteur pour la liberté d’expression – qu’elle finance modestement mais régulièrement. Elle soutient le travail exceptionnel de la Cour interaméricaine des Droits de l’Homme dont le président, Diego GARCIA-SAYAN, votre compatriote, Monsieur le Président, a été reçu à Paris il y a peu et que je suis allé visiter moi-même à San José il y a quelques jours ;

- pour terminer en revenant au thème directeur de cette Assemblée Générale, je rappellerai que la France est, depuis le mois dernier, pays observateur auprès de l’Organisation interaméricaine de Défense, et qu’elle appuie, activement et financièrement, la CICAD qui offre une perspective continentale au travail réalisé par nos Forces Armées et nos Douanes dans la Caraïbe pour lutter contre les trafics de drogue. De la même manière, mon pays suit les travaux de la CICTE.

Sécurité, droits de l’Homme, justice et bonne gouvernance démocratique : les priorités de la France sur ce continent rejoignent celles de cette Organisation. Si la France n’est pas membre de l’OEA, son engagement est cependant sans réserve. Je le répète, Monsieur le Président, la France est d’Amérique et elle assume pleinement, à sa façon, cette appartenance.

Je vous remercie, Monsieur le Président./.

Dernière modification : 05/01/2011

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