G20 de Cannes : la France présente l’agenda du Sommet à l’OEA

A une semaine du Sommet de Cannes du G20, l’Observateur permanent de la France auprès de l’OEA, Pierre Henri Guignard, a présenté les grandes lignes de la rencontre : « Nous avons besoin de vous. »

« Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Au cours de réunions précédentes, je m’étais engagé à tenir le Conseil régulièrement informé de l’évolution de la Présidence française du G20. A la veille du Sommet de Cannes, je souhaite vous rendre compte de l’état de sa préparation.

Auparavant, permettez-moi de rappeler que le Président Nicolas SARKOZY a écrit à Mme Cristina FERNANDEZ de KIRCHNER pour la féliciter de sa réélection. Je veux à mon tour présenter mes sincères félicitations à la Mission argentine.

Monsieur le Président,

La France accorde une grande importance à l’ouverture du G20 à l’ensemble de la communauté internationale. Le G20 ne peut pas, et ne doit pas, être un club fermé. Même si les pays membres du G20 représentent 85% du PIB mondial, l’ouverture aux autres est une condition de sa légitimité.

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Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, mon pays a voulu une année de présidence du G20 utile, avec des résultats et des avancées tout au long de l’année plutôt qu’une concentration de tous les enjeux sur un seul événement que représente le Sommet annuel qui s’ouvrira à Cannes le 3 novembre prochain.

Mais bien entendu, compte tenu de la situation économique mondiale, le Sommet de Cannes devra avant toute chose se concentrer sur la réponse à la crise, qui affecte non seulement la zone euro, non seulement les Etats-Unis, mais aussi les économies émergentes et par voie de conséquence l’ensemble des pays en développement.

Le G20 a montré, dès l’origine, en novembre 2008 à Washington, puis en avril 2009, à Londres, qu’il était efficace pour faire face à la crise. Le message à cette époque était clair : il fallait « réparer » le système financier, s’engager à renoncer au protectionnisme pour éviter la répétition des erreurs commises dans les années 1930 et coordonner les efforts de relance. J’ajoute bien sûr la réforme des institutions financières internationales, qui a permis un rééquilibrage devenu indispensable en faveur des pays émergents.

Nous souhaitons qu’à Cannes, le G20 puisse adopter un véritable plan d’action pour la croissance mondiale.

Je sais que beaucoup, dans cette salle, estiment qu’il revient d’abord aux pays de la zone euro de régler leurs problèmes avant de demander aux autres de faire un effort. J’ai pour vous aujourd’hui deux messages.

Le premier est que la zone euro fera son travail. Notre détermination est totale pour aider la Grèce et bien entendu pour assurer l’avenir de l’euro, de la zone euro, et donc de l’Union européenne.

Mon deuxième message, c’est qu’il est vain de chercher les responsables de la crise. Il faut se concentrer sur les solutions à apporter. C’est pourquoi la France appelle tous les pays du G20 à prendre des mesures adaptées à la situation et tous les pays non membres du G20 à soutenir les efforts collectifs qui seront entrepris pour restaurer la confiance.

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Pour autant, le Sommet de Cannes, même dominé par le thème de la croissance et de la restauration de la confiance, ne se limitera pas au seul plan d’action que nous voulons y adopter.

Nous voulons marquer des progrès sur les nouveaux sujets mis à l’agenda du G20 par la France à la fin de l’année 2010, comme la réforme du système monétaire international ou la lutte contre l’excessive volatilité des prix. Ils sont non seulement utiles pour une meilleure régulation de la mondialisation, mais ils sont dès maintenant des éléments complémentaires du plan d’action pour la croissance.

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Permettez-moi de rentrer un peu plus dans le détail en ce qui concerne le système monétaire international. Le G20 s’est accordé sur 9 axes précis de réforme je signale les 4 principaux : 1.- la composition des droits de tirage spéciaux du FMI : le G20 travaille en particulier sur les critères d’intégration de nouvelles monnaies au panier des Droits de Tirage Spéciaux (DTS) ; 2. - un cadre de référence pour la gestion des flux de capitaux : il s’agit d’avoir des références communes pour répondre à des brusques entrées ou sorties de capitaux ; 3.- le renforcement de la réponse aux chocs systémiques à travers la mise en place de nouvelles lignes de crédits du FMI, cette fois destinées aux pays bien gérés mais exposés à une crise globale ; 4.- enfin, le G20 travaille sur le renforcement de la surveillance multilatérale du FMI, portant notamment sur les effets de contagion économique et financière d’un pays, ou d’une zone, vers le reste du monde. Parmi les réponses structurelles à la crise, je voudrais souligner, combien il est important que l’agenda économique intègre un agenda social ambitieux.

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Je voudrais maintenant en venir aux thèmes du Sommet de Cannes.

D’abord, en matière de régulation financière, tous les marchés et tous les produits doivent être soumis à des règles et à une surveillance appropriées. La régulation de la mondialisation passe aussi, et peut-être surtout, par les règles applicables au secteur financier.

Nous avons aussi réalisé de nouveaux progrès dans la lutte contre les pays et territoires non coopératifs, et notamment les paradis fiscaux et ce sera un sujet important à Cannes. Nous travaillons à une évaluation approfondie des progrès accomplis par une soixantaine de pays en matière de respect des règles pour les échanges d’informations, de lutte contre le blanchiment d’argent ou le financement du terrorisme.

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Ensuite, s’agissant de l’agenda pour le Développement, sous notre présidence, et en étroite association avec la Corée et l’Afrique du sud, qui ont co-présidé le groupe de travail avec la France durant toute cette année, nous avons bien avancé sur les 9 piliers qui constituent le plan d’action de Séoul.

Avec l’accord de tous nos partenaires du G20, nous nous sommes surtout concentrés cette année sur trois thèmes particulièrement cruciaux pour nous : la sécurité alimentaire, les infrastructures et le financement du développement, avec un intérêt marqué pour les financements innovants.

La France considère, je ne vous surprendrai pas, que la taxe sur les transactions financières (TTF) est le mécanisme le plus efficace. Cette taxe est techniquement faisable. Avec le soutien de la société civile et de l’opinion mondiale, qui demandent aux gouvernements de faire mouvement sur cette question, nous souhaitons convaincre non seulement de la faisabilité d’une telle taxe mais aussi de sa nécessité pour faire face aux grands défis du développement, comme la réalisation des objectifs du millénaire ou la lutte contre le réchauffement climatique.

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Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
L’agenda du Sommet de Cannes est lourd et nous sommes face à une crise d’une ampleur considérable, qui implique des décisions concrètes, des décisions fortes et un message très clair sur la croissance.

Nous avons, vous l’avez déjà constaté, beaucoup progressé cette année sur des enjeux de long terme et nous sommes confiants dans l’engagement du Mexique de poursuivre ce travail en 2012.

Nous sommes aujourd’hui à exactement une semaine – jour pour jour - du Sommet de Cannes, qui débute le 3 novembre. Il reste du travail à faire. La synergie entre le G20, les Nations Unies et toute la communauté internationale sera essentielle. Plus que jamais, nous avons besoin de vous.

Je vous remercie. »./.

Source : Mission permanente de la France auprès de l’OEA (Washington, 26 octobre 2011).

Dernière modification : 26/10/2011

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