53ème Comité Directeur 29 septembre - 3 octobre 2014

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Couverture Sanitaire Universelle

Monsieur le Président

Je voudrais d’abord saluer les efforts du groupe de travail et au-delà les travaux des Etats membres de l’OPS, sous l’impulsion de sa directrice, Carissa Etienne. Efforts, travaux et progrès qui ont abouti à l’élaboration d’une stratégie régionale ambitieuse et réaliste pour l’accès universel à la santé et à la Couverture Sanitaire Universelle. De manière plus générale, je souhaite rendre hommage au travail et à la mobilisation de l’OMS sur cette thématique.

La France est particulièrement attachée à cette problématique. Pour preuve permettez-moi de rappeler le rôle moteur joué par mon pays, qui a porté́ la résolution A67/81 sur la CSU à l’Assemblée générale des Nations Unies en décembre 2012, au nom du groupe Diplomatie & Santé.

Comme vous le savez, dans le cadre de la préparation de l’agenda pour le développement après 2015, la France soutient la CSU comme une cible prioritaire de l’objectif englobant pour la santé.

Je sais que certains ont des réticences sur l’objectif d’une couverture sanitaire universelle, qui serait, selon eux, flou et difficile à quantifier, à cet égard je voudrais souligner le caractère mesurable du concept de CSU, notamment à̀ partir des indicateurs fournis par l’OMS et la Banque mondiale, qui peuvent, par exemple, mesurer les paiements directs parmi les dépenses de santé́, la disponibilité́ des médicaments essentiels de qualité́, ou encore les accouchements assistes par du personnel de santé qualifié, autant d’éléments qui constituent d’authentiques indicateurs.

Dans ces conditions, il m’est difficile d’adhérer et de comprendre les amendements portés par le groupe de travail à la résolution sur la CSU. Le texte initial, citant la résolution de l’assemblée mondiale de la santé sur l’agenda 2015, poursuivait ainsi "qui identifie la CSU et les OMD non atteints comme des facteurs importants dans le programme du développement post 2015". Cette phrase a disparu ; elle est remplacée par "notant que le débat s’oriente actuellement vers la garantie de vies plus saines et la promotion du bien-être comme des objectifs clé." "La promotion du bien-être ", "des vies plus saines". Ces deux phrases pouvaient coexister comme dans l’objectif global 3, sinon en fait d’objectifs clé, on risque à force d’engagements peu compromettants de glisser du côté de la ballade de Narayama ! Il faut rétablir la rédaction initiale !

La France encourage également les Fonds verticaux à agir dans cette logique transversale, de renforcement des systèmes de santé et d’appropriation nationale. Je pense notamment au Fonds mondial pour la lutte contre le sida la tuberculose et le paludisme, la facilité d’achat de médicaments UNITAID et l’Alliance GAVI pour la vaccination et l’immunisation

Je voudrais aussi insister sur l’importance de la responsabilisation des autorités nationales pour organiser et financer ces dispositifs ; responsabiliser les autorités nationales, ce n’est pas se décharger, au contraire la communauté́ internationale peut et doit accompagner les pays qui le souhaitent dans la mise en place de systèmes de financement de la santé. Sur ce point permettez-moi de rappeler et de proposer l’expertise française du Groupement d’intérêt public Santé protection sociale international (GIP SPSI) et de promouvoir le réseau Providing for Health (P4H), initiative franco-allemande qui accompagne depuis 2007 les pays qui le souhaitent dans l’élaboration de leurs politiques de protection sociale en santé.

Enfin, je voudrais attirer l’attention de notre conseil sur le fait que la priorité́ qui doit être accordée à la CSU et aux investissements dans la résilience des systèmes de santé est mise en évidence par la crise actuelle d’Ebola. La couverture sanitaire universelle et des systèmes de santé renforcés sur le long terme voilà la clef pour faire face aux crises sanitaires.

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Ebola

Monsieur le Président,

Merci à l’OPS pour l’excellente qualité de ces deux présentations sur l’épidémie Ebola en Afrique de l’ouest et sur l’épidémie de Chikungunya dans les Amériques en particulier dans la zone Caraïbe. Je ne reviendrai pas sur le Chikungunya. J’ai déjà eu l’occasion de dire la disposition de la France de mettre son expérience dans le contrôle de l’épidémie de Chikungunya au service del’OPS et des Etats de la région. Nous l’avons fait dès le début, notamment par le biais des départements français d’Amériques en particulier de la Martinique. Le directeur régional de l’agence régionale de santé de la Martinique la dit directement à ses homologues de la CARPHA ici même à la veille du conseil directeur.

S’agissant de l’épidémie Ebola en Afrique de l’Ouest, la France est très préoccupée par les graves conséquences sanitaires de cette épidémie. C’est l’ensemble des systèmes de santé, notamment en Sierra Léone et au Libéria, qui se sont effondrés. Par effet de dominos, cette crise sanitaire a des conséquences catastrophiques aux plans social, économique et politique. La France est très préoccupée par les conséquences sanitaires, je viens de le dire, mais il y a aussi un choc émotionnel. Nous avons avec l’Afrique une proximité géographique, mais surtout humaine. La France est ainsi particulièrement sensible à la mobilisation internationale, à laquelle elle participe pleinement. J’ai distribué un bref document pour faire le point de nos efforts. Mais je voudrais marquer une pause. Nous avons appris hier soir le premier cas américain, Juste avant moi les délégués du Brésil et de Cuba ont fait état de leur participation sur le terrain, je voudrais saluer les agents de santé et les humanitaires qui participent à cette mobilisation, certains d’entre eux ont déjà payé de leur vie, je voudrais saluer leurs efforts, leur dévouement et leur courage. Merci de votre attention.

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Plan d’action pour la prévention de l’obésité́ chez les enfants et les adolescents des Amériques

Monsieur le président,

La France a une forte tradition gastronomique. Ainsi partageons-nous des préoccupations nutritionnelles de longue date. Ce n’est pas que le gourmet, le gastronome soit un futur obèse. Disons-le tout net, cette épidémie d’obésité est aux antipodes de la culture gastronomique. Pour nous, elle est le résultat de la mal-bouffe !

Le plan d’action proposé aujourd’hui par l’OPS est une avancée pour la région des Amériques qui est largement touchée par le phénomène de surpoids.

La France, citée d’ailleurs dans le document concernant sa politique de taxation des sodas sucres, a une expérience ancienne et reconnue sur la nutrition via son Programme national nutrition et santé, lancé en 2001, renouvelé́ tous les 5 ans et complété́ par un Plan obésité́ et un Plan national pour l’Alimentation.

La France a d’ailleurs développé́ des actions de coopération avec le Mexique sur ces sujets.

Notons aussi qu’il existe une déclinaison spécifique des plans Nutrition et Obésité́, prenant en compte les spécificités épidémiologiques, culturelles et alimentaires des départements français d’Amérique.

Ces plans mobilisent les ressources et compétences de différents champs ministériels : santé, éducation nationale, agriculture, sports

Au niveau européen, un plan d’action pour une politique alimentaire et nutritionnelle vient d’être adopté au Comité régional de l’OMS EURO en septembre 2014, pour les années 2015-2020.

Le plan européen vise à̀ réduire à la fois la charge des maladies non transmissibles évitables et liées à l’alimentation, l’obésité́ et toutes les autres formes de malnutrition encore répandues dans la Région européenne de l’OMS.

Il préconise l’adoption d’approches pangouvernementales et pansociétales. Ses actions prioritaires doivent contribuer à améliorer la gouvernance du système alimentaire, la qualité́ globale de l’alimentation de la population européenne et son état nutritionnel.

Au-delà des traditions culinaires françaises, je crois utile de porter un regard attentif sur la déclaration de Vienne de 2013 et le plan d’action européen récemment adopté au Comité régional EURO et de s’inspirer de ces expériences.

Table ronde sur les objectifs du développement durable

Monsieur le Président

Permettez-moi tout de suite de saluer l’initiative prise avec l’organisation de ces tables rondes sur les objectifs du développement durable, j’y ajoute la satisfaction de la France quant aux négociations en cours, notamment les résultats du Groupe de Travail Ouvert et du Panel de personnalités de haut niveau. A cet égard je retiendrai plus particulièrement quatre éléments qui sont autant de messages

- 1/ la France se félicite que la couverture sanitaire universelle (CSU) ait été retenue comme une des cibles de « l’objectif 3 » et soit présentée comme à la fois une condition pour atteindre les ODD mais aussi une fin en soi.
- 2/ la France se réjouit également de la place accordée à la santé sexuelle et reproductive et à l’approche par les droits retenue pour ces enjeux. C’est pour nous une question cruciale qui conditionne les perspectives de développement
- 3/ les objectifs non atteints en matière de lutte contre la mortalité maternelle et infantile restent une priorité pour la France. Je voudrais sur ce point rappeler que dans le cadre de l’initiative lancée au G8 de Muskoka en 2010, la France avait décidé une augmentation de ses contributions de 500 millions d’euros sur 5 ans.
- 4/ la France continue d’insister sur l’importance de maintenir les efforts pour la lutte contre le sida dans l’agenda post 2015, comme sur la nécessité de garantir à toutes les populations l’accès, sans discriminations, au dépistage et au traitement.

S’agissant de la CSU, j’ai eu l’occasion de rappeler hier encore l’importance que revêt pour la France cet objectif du développement qui est en même temps un instrument du développement. La CSU s’inscrit ainsi en droite ligne du mandat que nous a donné Rio+20 à savoir « réduction de la pauvreté » et « développement durable ».

La CSU doit permettre de dépasser les obstacles à des progrès durables en santé publique, notamment en visant (i) Le renforcement des systèmes de santé, (ii) Une appropriation plus forte par les pays, (iii) L’élimination des inégalités dans l’accès à des services de santé de qualité.

Désormais, de notre point de vue, pour la suite des travaux sur les ODD, l’enjeu est de déterminer les moyens de mise en œuvre des objectifs et cibles retenues.

Concernant la mise en place de la CSU, c’est-à-dire un système de santé permettant l’accès de tous à des services de qualité et abordables, la responsabilité relève avant tout des Etats ; cela nécessite la mobilisation de ressources domestiques. Soulignons que la CSU est un investissement « intelligent », dans le cadre d’une stratégie de développement national : en même temps qu’elle réduit la pauvreté et les inégalités, elle permet des gains de productivité et de croissance.

En dehors des aspects financiers, il y a une réalité complexe à appréhender sur le terrain et la préparation rigoureuse des pays est essentielle.

La responsabilisation des autorités nationales n’élimine pas bien au contraire le rôle que peut –et doit- jouer la communauté internationale pour accompagner la mise en œuvre de la CSU et de systèmes de financement de la santé pour les pays qui le souhaitent et l’estiment nécessaire, notamment par de l’assistance technique.

La France a été à l’origine, avec l’Allemagne, de la création de l’initiative P4h sur le financement de la santé (Providing for Health), mise en œuvre par l’OMS. Elle aide techniquement les pays à mettre en place des systèmes de financement de la santé et les partenaires techniques et financiers des pays à se coordonner. Nous œuvrons également au travers de l’action du groupement d’intérêt public français appelé Santé Protection Sociale Internationale (GIP SPSI), qui met en œuvre des projets de coopération bilatérale avec des pays partenaires./.

Rapport annuel

Monsieur le président,

Très brièvement deux points.

Je voudrais tout d’abord saluer le rapport qui vient de nous être présenter et remercier, en particulier, la directrice, Carissa Etienne pour son engagement personnel dans la promotion de la couverture sanitaire universelle. Et le fait que le rapport annuel de la Directrice « l’innovation au bénéfice de la santé » mette particulièrement en avant, dans son avant-propos, l’engagement politique de l’Organisation pour l’accès universel à la santé est pour nous un point central.

Par ailleurs nous portons une attention aigue en matière de préparation et de réponse aux crises, l’actualité souligne l’acuité de cette problématique. La qualité́ des travaux de l’OPS et des Etats membres sur ce point est tout à fait remarquable. Je crois en même temps utile de rappeler, encore une fois au regard de l’actualité́ Ebola, l’importance d’activer la mise en œuvre du Règlement sanitaire international et de considérer le RSI comme le cadre de référence international pour la préparation et la réponse aux urgences sanitaires.

Dernière modification : 03/10/2014

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