CHILI : LA NOUVELLE POLITIQUE ETRANGERE

Le 17 juin dernier, le Wilson Center et l’Inter-American Dialogue ont invité le Ministre des affaires étrangères du nouveau gouvernement chilien, Heraldo Muñoz, à venir présenter les priorités de la politique extérieure définie par la Présidente, récemment élue, Michelle Bachelet.

1/ Le Chili et les organisations régionales du continent

Le ministre chilien a commencé par soutenir le bilan de l’Alliance du Pacifique. Créée en 2011, elle réunit, outre le Chili, le Mexique, la Colombie et le Pérou. Elle représente 36% du PIB de l’Amérique latine. Il a rappelé que le Chili tenait à renforcer ses relations commerciales et de coopération avec la région Asie-Pacifique à travers l’Alliance. De plus, le Chili souhaite une ouverture de cette organisation vers le MERCOSUR, comme cela a été réaffirmé par la Présidente Michelle Bachelet lors du Sommet de l’Alliance du Pacifique le 20 juin (mais cette proposition n’apparaît pas dans la déclaration finale du Sommet). Ce partenariat pourrait permettre de faciliter les relations commerciales avec les pays du Marché du sud, notamment le Brésil, l’Argentine et le Venezuela, mais également de renforcer les échanges scientifiques, scolaires et universitaires et touristiques entre ces deux entités régionales.

Il a poursuivi la présentation de la position chilienne sur l’intégration régionale en abordant la question de l’UNASUR. Cette Union regroupe douze pays d’Amérique du sud. S’il a mentionné les problèmes qu’elle rencontre pour trouver des terrains d’entente entre tous ses Etats membres, il a pourtant affirmé qu’elle avait joué un rôle clé dans la recherche d’une solution à la crise vénézuélienne, notamment grâce à des réunions qui se sont tenues lors de la cérémonie de prise de fonction de Michelle Bachelet et de son nouveau gouvernement à Santiago en mars dernier, à laquelle plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement de la région assistaient.

Interrogé sur le rôle et le futur de l’Organisation des Etats Américains (il est l’auteur d’un ouvrage sur ce sujet datant de 1993), Heraldo Muñoz a affirmé que le travail de l’Organisation était plus difficile aujourd’hui qu’il ne l’avait été il y a encore quelques années. Aujourd’hui, la baisse d’implication des Etats-Unis au sein de l’OEA et la perte de popularité de celle-ci remettent en cause sa légitimité. La diversité des Amériques, partagées selon lui entre l’Amérique du nord, l’Amérique centrale, les Caraïbes, l’Alba, le Cône sud, implique de repenser la mission de l’OEA. Cependant, Heraldo Muñoz a salué le bilan du Secrétaire général Jose Miguel Insulza, présent dans l’audience, notamment sur le dossier vénézuélien, à propos duquel il a affirmé que ni le Secrétaire général, ni l’OEA n’étaient à blâmer.

JPEG2/ Le Chili et les pays de la région

Le ministre chilien a rappelé l’importance et l’étroitesse des liens qui unissent le Chili avec l’Argentine et le Brésil. Ces deux pays ont fait l’objet des premières visites extérieures du nouveau ministre car les enjeux et les relations avec ces deux partenaires sont particulièrement intenses. Le Chili a offert au Brésil la possibilité d’intégrer un diplomate brésilien dans l’équipe chilienne qui siège au Conseil de sécurité des Nations Unies. Cela permettrait au Brésil de siéger « indirectement » au Conseil de sécurité, selon les mots du ministre.

Le ministre Muñoz a abordé les différends qui opposent le Pérou et la Bolivie au Chili en matière de droit de la mer. Sur le Pérou, il a assuré que le Chili se plierait à la décision de la Cour International de Justice (CIJ) rendu en janvier dernier et qui est plutôt favorable au Pérou (Lima récupère 21000 km2 sur les 38000 revendiqués). Le ministre a parlé d’un « agenda constructif » avec son voisin péruvien. Concernant la Bolivie qui a introduit un recours devant la CIJ en 2011 afin de récupérer un accès à la mer qu’elle a perdu en 1879 à l’issue de la « Guerre du Pacifique », le ministre a assuré que le Chili se défendrait « avec vigueur » devant la Cour et qu’il n’était pas question d’abandonner son territoire au profit de La Paz. Surtout, a-t-il tenu à ajouter, que la Bolivie bénéficie d’un accès gratuit aux ports chiliens, dans lesquels travaillent des douaniers boliviens, que des pipe-lines et des routes relient la Bolivie à l’océan, et qu’elle peut même librement importer des armes via le Chili.

Interrogé sur Cuba, Heraldo Muñoz a assuré que le Chili entretenait des relations parfaitement normales avec l’île. Sur le retour de Cuba à l’OEA, le ministre a affirmé que beaucoup de pays souhaitaient inviter Cuba au prochain Sommet des Amériques, sans donner la position du Chili, mais qu’il ne pensait pas que Cuba était très pressé d’y revenir.
3/ Le Chili et le reste du monde
Le Chili doit être une porte et un pont sur l’océan pacifique, selon le ministre chilien. La Présidente Bachelet a notamment nommé un émissaire spécial pour la région Asie-Pacifique en la personne de l’ancien Président Chilien Eduardo Frei (1994-2000), ce qui montre l’importance que le Chili accorde à cette région. En effet, trois des principaux partenaires commerciaux du Chili sont en Asie : la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Le Chili souhaite poursuivre l’approfondissement des relations avec les pays du pacifique. Des négociations sont en cours pour la conclusion d’un accord de libre-échange avec l’Indonésie, qui est l’un des derniers pays de la région Asie-Pacifique à ne pas être lié au Chili par un tel instrument.

Avec les Etats-Unis, les relations sont bonnes a assuré le ministre. Le Secrétaire d’Etat Kerry a invité ce-dernier à une conférence sur l’Amérique latine. Des accords portant sur l’éducation et la coopération scientifique unissent le Chili et certains états fédérés (Californie, Massachussetts). La mise en place de visas électroniques et bon marché avec les Etats-Unis devrait être effective dans peu de temps. Cependant, les Etats-Unis sont moins importants pour la région qu’ils ne l’ont été, a dit le ministre.

Le Chili, toutefois, ne se désintéresse pas de l’Union européenne qui reste l’un des partenaires les plus importants du pays, a assuré Heraldo Muñoz. Il a proposé la mise à jour de l’accord d’association qui unit le Chili à l’Union.

En conclusion, il a affirmé que le Chili avait une grande responsabilité dans le monde et dans la région, pour laquelle il est une force modératrice.

Dernière modification : 10/07/2014

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