LE BOOM ENERGETIQUE NORD-AMERICAIN : QUELLES CONSEQUENCES POUR L’AMERIQUE LATINE ?

L’inter-american dialogue a organisé une rencontre, le 23 avril 2014, sur le thème de l’énergie dans le continent américain. Trois intervenants ont échangé leur point de vue à propos de l’impact sur l’Amérique Latine de la forte augmentation de la production énergétique en Amérique du Nord :

  • Francisco Gonzalez titulaire d’une chair Amérique Latine à l’école d’études internationales supérieures de la Johns Hopkins University.
  • Edward Morse : directeur de recherche sur les matières premières chez CITIGROUP
  • Sarah Ladislaw : directrice du programme énergie et sécurité nationale du Center of Strategic and International Studies (CSIS)

Pour les trois intervenants il ne faisait aucun doute que le boom énergétique nord-américain aurait des conséquences à long terme pour l’Amérique Latine et le marché mondial de l’énergie.

1. Les ressources énergétiques sont abondantes sur le continent américain. L’Amérique Latine détient, en effet, la deuxième plus grande réserve de pétrole, hors Moyen-Orient. Or, la géopolitique est inséparable des enjeux énergétiques. En effet, l’énergie a un impact important sur la politique intérieure et extérieure des Etats, mais également sur leur sécurité et leur niveau de développement économique, ont rappelé les intervenants. Les réserves énergétiques mondiales sont encore en grande partie méconnues. Toutefois, il apparaît que la période à venir est décisive pour le continent américain.
Les innovations techniques et technologiques permettent, désormais, d’exploiter les gaz et pétroles non conventionnels. En effet, ceux-ci, du fait de leurs spécificités géologiques, nécessitent des moyens d’exploitation particuliers qui n’étaient, jusqu’à une époque très récente, ni maîtrisés, ni rentables.

JPEGCette révolution dans la production d’hydrocarbures redessine totalement la carte géopolitique énergétique sur le continent américain qui compte certains des Etats les mieux dotés en réserves de gaz de schiste (Etats-Unis, Mexique, Argentine, Canada et Brésil).

2. Les Etats-Unis et le Canada ont considérablement augmenté leur production de gaz et de pétrole depuis 2008, du fait de ces avancés techniques. Leurs ressources intérieures ont fortement augmentées grâce à l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels. A titre d’illustration, la production américaine de gaz a augmenté de 40% depuis 2005. Cela ne peut qu’avoir des conséquences importantes sur les perspectives énergétiques en Amérique Latine. En effet, le boom énergétique nord-américain prend deux formes différentes. D’une part, les Etats-Unis sont devenus, du fait de l’exploitation de leurs importantes réserves d’hydrocarbures non conventionnels, l’un des exportateurs majeurs de gaz naturel alors qu’ils étaient importateurs nets avant 2010. Or, la destination principale des exportations américaines d’hydrocarbures est l’Amérique Latine. D’autre part, l’exploitation de pétrole lourd au Canada est venue concurrencer fortement tant le brut mexicain que celui vénézuélien. Et cela va s’intensifier, la production canadienne devant presque doubler d’ici à 2025. A ce titre, on peut souligner que les exportations pétrolières du Venezuela vers les Etats-Unis sont retombées à leur plus bas niveau depuis 1985 en passant de 1,34 million de barils par jour à 796 000 barils par jour. S’agissant du Mexique, malgré un niveau de production quasi-constant, les exportations vers les Etats-Unis sont passées en 2013 sous la barre symbolique du million de barils par jour.

3. Cette nouvelle donne énergétique pousse les Etats d’Amérique Latine, producteurs d’hydrocarbures, à se tourner vers d’autres marchés pour l’export. En effet, le Mexique ou le Venezuela, traditionnellement, figuraient parmi les quatre principaux exportateurs de pétrole vers les Etats-Unis. Aujourd’hui, ils se tournent vers l’Europe et l’Asie. En effet, l’Europe et l’Asie représentent, désormais, 25% des exportations de brut mexicain, alors que le ratio n’était que de 11% en 2009. De son côté, le Venezuela est devenu le 7ème fournisseur de pétrole de la Chine et le 3ème de l’Inde en 2013. Egalement pour diversifier ses marchés, la Colombie, via Ecopetrol, va dépenser plusieurs milliards de dollars pour la construction d’un nouveau pipeline qui lui permettra d’exporter du pétrole depuis sa côté pacifique jusqu’en Asie.

4. Les pays d’Amérique Latine sont, également, confrontés à d’importants problèmes en matière d’infrastructures. D’une part, les exportateurs de pétrole lourd sont fortement affectés par la construction de pipelines entre le Canada et les Etats-Unis qui facilitent considérablement les échanges entre ces deux Etats, principalement du Canada vers les Etats-Unis. Par exemple, l’oléoduc Keystone XL achemine du pétrole lourd canadien sur plus de 3400 km devant être raffiné aux Etats-Unis. D’autre part, certains pays d’Amérique latine manquent considérablement d’infrastructures permettant de raffiner le pétrole qui demandent de lourds investissements. Cela conduit à des situations où des pays exportateurs nets de brut sont importateurs nets de carburant. Certains pays latino-américains se sont tournés vers la Chine pour qu’elle finance des infrastructures d’export plus adaptées. Mais pour l’instant les investissements ont été décevants, se limitant en 2011 à 4,2 milliards de dollars.

Ce manque d’infrastructures conduit des pays avec d’importantes réserves, notamment de gaz naturel comme l’Argentine, a sous exploiter leurs capacités.

5. Cependant, des espoirs sont permis pour l’Amérique Latine si elle parvient à relever le défi de s’adapter à cette nouvelle configuration énergétique. Par exemple, la Colombie offre un fort potentiel s’agissant des réserves de pétrole de gaz naturel ou de charbon. La Chine notamment investit dans la recherche de sites d’exploitation d’hydrocarbures en Colombie. Le Brésil pourrait être le quatrième producteur de pétrole au monde s’il exploitait les réserves du gisement de Pré-Sal. Enfin, l’Argentine bénéficie d’une des plus importantes réserves connues de gaz de schiste bien qu’elle ne l’exploite pas encore. De plus, offshore, en Atlantique Sud, elle pourrait posséder d’importantes réserves de pétrole.

Dernière modification : 10/07/2014

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