FEMMES ET POLITIQUE DANS LES AMERIQUES , AVANCEES ET DEFIS : L’EXEMPLE ARGENTIN

L’Amérique latine enregistre les plus forts taux de violence à l’encontre des femmes et de mortalité maternelle causée par des avortements clandestins. Toutefois, la région bénéficie également d’une représentation féminine très importante au niveau politique avec notamment 24% de femmes siégeant dans les chambres parlementaires. C’est pour expliquer ce contraste que l’American University et l’Inter-American Dialogue ont invité quatre femmes politiques argentines à débattre, le 9 juin :

  • Mara Brawer : députée du « Frente para la Victoria » (centre gauche) depuis 2011, ancienne sous-secrétaire à l’équité et la qualité éducative.
  • Gladys González : députée du parti « El PRO » (libéral-conservateur), directrice du Secrétariat de la femme.
  •  : députée de l’« Unión Cívica Radical » (gauche radicale) depuis décembre 2013, membre du Comité législatif permanent des femmes, des enfants et de la jeunesse.
  • Maria Rosa Muiños : membre du corps législatif de Buenos Aires pour le « Frente para la Victoria ».

JPEG1/ La représentation des femmes en politique en Amérique latine est en forte hausse depuis l’an 2000. L’apparition de femmes dans la vie politique de la région a été très rapide et très intense. Cinq femmes sont à la tête d’Etats : Michelle Bachelet (Chili) ; Portia Simpson Miller (Jamaïque) ; Cristina Fernández de Kirchner (Argentine) ; Dilma Rousseff (Brésil) ; Laura Chinchilla (Costa Rica, jusqu’au 8 mai 2014). Par ailleurs, le nombre de femmes dans les assemblées législatives a augmenté de 50% entre 2000 et 2013, passant de 16 à 24%, plaçant la région à la seconde place mondiale, loin derrière les pays scandinaves (42%). Dans les cabinets ministériels et le corps judiciaire, les progrès ont aussi été significatifs.

Les disparités entre pays du continent persistent cependant. Les plus forts taux de représentation des femmes en politique se rencontrent au Nicaragua, au Costa Rica, en Argentine, ou au Mexique, alors que des pays comme l’Uruguay, le Brésil, le Chili, sont encore politiquement dominés par les hommes de façon massive.

L’Argentine, dont il a été principalement question au cours des débats, fait partie des pays les plus avancés de la région sur la question des femmes en politique. La loi nationale de contingent de 1991 a imposé un quota de femmes à chaque liste électorale présentée. Au moins 30% des postes à élire doivent être attribués sur la liste à des femmes. Ces lois de quota existent dans douze autres pays de la région (Argentine, Bolivie, Brésil, Colombie, Costa Rica, République Dominicaine, Equateur, Mexique, Panama, Paraguay, Pérou, Uruguay et Venezuela) et établissent des minima de 20 à 50 % de femmes présentes sur chaque liste électorale.

Par ailleurs, les portefeuilles souvent attribués à des femmes (santé, famille, éducation, sport et jeunesse, affaires sociales) ne sont plus les seuls envisageables par celles-ci. De plus en plus, les dossiers tels que la défense, l’énergie, l’économie sont pris en charge par des femmes. Les thèmes traditionnellement « féminins » doivent se masculiniser et les thèmes traditionnellement « masculins » doivent continuer de se féminiser a affirmé María Rosa Muiños.

2/ Pourtant, d’importants progrès restent à faire, et les disparités restent très importantes entre hommes et femmes dans le monde politique.

Si le pouvoir législatif a accueilli beaucoup de femmes ces dernières années en Amérique latine, l’évolution est beaucoup plus lente dans les pouvoirs judiciaire et exécutif. Par exemple, en Argentine, Carla Carrizo a rappelé qu’au niveau national, le pouvoir législatif comptait 38% de femmes, alors que le pouvoir exécutif n’en accueillait que 21,1% et le pouvoir judiciaire que 15%.

De plus, dans une république fédérale comme l’Argentine, la différence reste immense entre la représentation des femmes au niveau national et celle aux niveaux régional et municipal. Moins de 10% des maires sont des femmes en Argentine.

Gladys González a insisté sur le fait que la violence physique et psychologique subie par beaucoup de femmes de la région les détourne insidieusement de leurs ambitions personnelles. Le travail domestique, les différences salariales et l’accès au monde professionnel sont autant de barrières que les femmes doivent franchir, mais pas les hommes. En Argentine, le taux d’activité des femmes reste très inférieur à celui des hommes ce qui conduit 60% des femmes à n’avoir aucun droit à la retraite, et donc aucune indépendance financière. « La lutte doit continuer » a ajouté Mara Brawer.

Afin de comparer la situation en Amérique latine avec celle des Etats-Unis, Cynthia Terrel, fondatrice de FairVote, une association luttant pour améliorer la représentation des femmes dans la sphère politique des Etats-Unis, a rappelé que le Congrès américain ne comptait que 18% de femmes, et que seules 12% des villes américaines étaient dirigées par des femmes. Les Etats-Unis sont le 97ème pays au monde en termes de représentation politique des femmes. Elle a également dénoncé le jeu des médias qui se préoccupent encore de la tenue vestimentaire de telle ou telle femme politique ou de savoir si elle pourra élever ses enfants ou être une bonne grand-mère (en référence à Hillary Clinton), questions qui ne sont jamais posées pour des hommes.

Dernière modification : 10/07/2014

Haut de page